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L'APOLOGUE

 

                                                              
    Les principales notions de l'objet d'étude
    
Analyse de La Nuit du chasseur de Charles Laughton


                                                                                  
  

                                                                                           Parabole des aveugles, Brueghel l'Ancien, vers 1630  

 

        Afin de d'exposer ou de défendre une thèse, un auteur peut choisir, plutôt que l'essai ou le texte     théorique, la fiction, c'est-à-dire un moyen d'argumentation indirect. Il utilise alors un type de récit     appelé : apologue.

         L'apologue est un court récit à visée argumentative. Il combine donc deux types de
    discours : le discours narratif et le discours argumentatif.
   
         Le mot "apologue" vient du grec apologos qui désigne un récit détaillé.
         Historiquement, l'apologue appartient aux genres littéraires "nobles". On en attribue l'origine
    à Platon et on voit, dans l'allégorie du Mythe de la caverne, le premier exemple d'apologue.
         L'apologue, avant d'apparaître comme un genre autonome en littérature, a tout d'abord figuré
    dans les ouvrages de rhétorique au même rang que l'exemple. Cela signifie que sa part narrative
    était considérée comme la simple illustration d'une vérité ou d'une idée essentielle. Il a alors une
    place ponctuelle dans une oeuvre et sert d'outil argumentatif.
         Dans l'apologue considéré comme genre, la part narrative peut devenir le fondement essentiel
    de l'argumentation et se dévélopper de manière quasi autonome, jusqu'à laisser dans l'ombre ou
    du moins implicite le propos moral.

        La démarche de l'apologue est une démarche de vulgarisation qui vise à rendre accessible
    au plus grand nombre des notions difficiles, austères et des enseignements essentiels en les
    ancrant dans les faits, en utilisant des procédés de simplification et en choisissant une forme
    plaisante, celle de la fiction. La méthode est inductive. En ayant recours à un récit imagé
    qu'il faut interpréter, le lecteur est conduit du particulier au général, du concret à l'abstrait.
        L'apologue est donc une méthode imagée qui fonctionne en fait sur le principe de l'analogie
    où le comparant est découvert et explicité alors que le comparé est laissé à la sagacité du lecteur.
    On attend du destinataire une lecture active, puisqu'il participe à la construction du sens,
    en décryptant le sens des allégories. Il s'agit ainsi d'une forme argumentative qui repose sur
    le raisonnement par analogie, où l'exemple de la narration a pour but de persuader
    alors que la conclusion générale à en tirer doit convaincre le lecteur. L'auteur parie sur
    l'efficacité de l'implicite et le lecteur, de son côté, "croit" à sa liberté d'interprétation et de
    jugement. Pour s'assurer de l'efficacité de l'implicite et des "bons choix" du lecteur, l'auteur
    met en place des stratégies de persuasion telles que le recours au présupposé, au sous-entendu,
    à l'allusion, à l'ironie, à ce qu'Alain Finkielkraut nomme les procédés "tyroniques" (mot valise qui
    amalgame : tyrannique et ironique).

        Il s'agit de plaire au lecteur par l'utilisation du genre narratif, la briéveté du récit, la simplicité
    de sa structure, le petit nombre des personnages, la rapidité de leur caractérisation, l'absence
    de détails superflus et la connivence entre l'auteur et le lecteur. Il s'agit aussi de le faire réfléchir,
    grâce au développement de situations, à la symbolique des personnages, pour enfin instruire le     lecteur par une morale ou la présentation d'idées nouvelles.

        On peut regrouper les apologues en deux ensembles, selon qu'ils s'insèrent dans un autre texte
    ou qu'ils constituent des genres en eux-mêmes.

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    L'exemplum ( au pluriel "exempla") est dans l'Antiquité une anecdote qui fait partie d'un recueil
    dans lequel on regroupe des exemples utiles à la construction de discours argumentatifs. Son
    utilisation vise, dans un texte théorique, à faire momentanément appel à l'expérience concrète et
    aux sentiments du destinataire, à deux fins : reposer l'attention du destinataire et renforcer l'impact     d'un dicours général parfois ardu ou trop abstrait.

    L'allégorie ( l'étymologie grecque du mot signifie : sens caché) est un message à déchiffrer.
    L'utilisation de personnifications, de détails concrets pour désigner des idées, des sentiments
    constitue les éléments de repères offerts au lecteur qui doit décrypter ces symboles et en tirer un     enseignement. ex : "Le Mythe de la caverne", La République de Platon

    La parabole ( du grec, parabolè : comparaison) est une histoire brève présente dans les Evangiles
    et la Vie des Saints. Elle repose sur l'analogie que le lecteur doit établir entre le récit et le propos
    moral en jeu. L'interprétation est ou non explicitée à la suite de l'histoire. ex : "Le Fils prodigue"

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    La fable ( du latin, fabula qui veut dire : récit) est un court récit en prose ou en vers qui souvent     représente des animaux pour parler des être humains, peindre leur caractère, dénoncer les
    puissants et leurs abus. La morale est explicite ou non. ex : les Fables de La Fontaine

    Le conte est une sorte de court roman d'apprentissage dans lequel le héros découvre le monde et
    qui il est. L'enseignement du conte découle de la capacité ou de l'incapacité du héros à surmonter
    les épreuves qu'il rencontre. La morale est explicite ou non. ex : les contes de Perrault

    Le conte philosophique possède les principales caractéristiques du conte traditionnel. A cela     s'ajoute l'enjeu politique qui fait du texte le support plaisant de la dénonciation des
    dysfonctionnements sociaux. Les allusions aux réalités du temps, la satire et l'ironie réclament de
    la part du lecteur implication et esprit critique. ex : Candide de Voltaire

    L'utopie ( du nom Utopia qui désigne l'île inventée par Thomas More, la double étymologie du
    mot ou-topos et eu-topos en fait le lieu de nulle part et/ou le lieu parfait) regroupe l'ensemble
    des oeuvres littéraires qui invitent à des voyages extraordinaires, inventent des terres inconnues
    où se dévoilent des formes nouvelles d'organisations politique et sociale, qui se veulent idéales.
    Par ce biais, l'auteur suscite une réflexion sur la société réelle. Le XXème siècle, pour sa part, va     développer plus particulièrement des contre-utopies, ou dystopies qui mettent en scène des
    mondes où la perfection n'est plus au service de l'homme mais du système lui-même et qui virent
    au régime dictatoral et concentrationnaire. ex : Utopie de Thomas More, 1984 d'Orwell

    Le roman à thèse et le théâtre à thèse bâtissent des situations et inventent des personnages
    qui ont pour rôle d'illustrer et d'incarner les thèses défendues et rejetées par l'auteur.
    ex : La Condition humaine de Malraux, Les Justes de Camus

 

    L'apologue possède des formes iconographiques telles que :

    L'emblème, figure symbolique généralement accompagnée d'une devise.

    La gravure souvent à caractère moral, qui accompagne le récit et concentre le précepte qui y est     inclus.

    Les images d'Epinal, du nom de la ville où longtemps elles furent imprimées. Elles constituent
    une sorte de catéchisme républicain, en images.

    Les séries, tabeaux, dessins ou gravures qui déclinent une idée, un sentiment ou une valeur.
    
ex : Les Misères de la guerre de Jacques Callot

    

 

 


    

    
        
 

 

    

   

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